Vendredi 20 novembre 2009

Des textes d'enfants
Des textes d'adultes
Des textes Seconde vente, de Seconde maintenance
selon l'appellation lycée
Des textes d'adolescents
Textes de mondes découverts.

Textes qui se trament dans ma tête, des bribes, des phrases en vol, des prémices, des tentatives qui fermentent dans mon journal local.
Des projets, une pièce... entière de théâtre qui sera travaillée dans un atelier auquel je participe en 2010.

Texte informatif sur un lieu réel en attente d'un site virtuel
C'est à Lokémo (Locquémeau dans la langue d'ici)
22, vlà la tempête, bouillon d'écume, lune sur la Pointe du Dourven.
Les yeux peu à peu s'habituent
Les pas et les racines se mêlent
Aiguilles de pin parfum d'eucalyptus
Frontière de terre frontière de mer.
22 douche sous la pluie nue
chaussé de vieux sabots qui traînent
gouttelettes, goémons, goélands
bruine sueur larmes claires
22 là la terre et son hêtre centenaire quatre fois
il est ce qu'il est
déployé plutôt qu'oblongue
grâce à sa pousse naturelle
et la taille délicate des paysans
qui savaient la valeur du bois
22, site des 7 Saints
Chapelle sur Dolmen
Et avant... va savoir
les ancêtres qui ont planté la graine de la graine de la graine de l'hêtre.

22, le Lianver
Et Vlan, une bonne claque au vert.
Un gîte corps de ferme
dans les vergers, les pommes à croquer, à boire
plus ou moins alcoolisées selon l'heure de la journée
Eau de vie à la flamme du poêle.
C'est un gîte de pierre
ouvert aux quatre saisons
la clé est sous la porte
pas de paillasson
on n'y vient pas comme on en repart
L'esprit des lieux forgé par le temps
pénètre la peau, le coeur, les tripes.

Pragmatisme chiffres et lettres
A 22 kms de Lannion
Gîte pour 8
Il n'y a plus de saisons
500 sous la semaine
de la 1er à la 52ème
manobou@gmail.com
06 80  96 87 99

- Publié dans : croquis du jour
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Mercredi 5 août 2009
Lampadaire, ta lumière m'aveugle le sais-tu ?
Planté près de la maison neuve
au crépis jaune
au volet blanc plastique à enroulage
au petit muret d'ardoises et de pierres de granit
Juste dans le virage
j'ai cru un instant
que ta lampe était le soleil !

On a peint ton tronc de vert
mais tu ne passes pas inaperçu sur le talus d'herbe
ce petit matin
je ne vois que toi et tes frères
depuis que j'ai cru
que ta lampe était le soleil !
Sur toi, les étoiles disparaissent
Sous toi, les clés se perdent
A quoi bon éclairer l'aube quand tout le monde dort ?

Ce petit matin, je ne demandais qu'à voir le soleil
peu m'importait la couleur du bitume
Lampadaire, ta lumière m'aveugle
Sur la plage
je n'ai vu personne
 je me suis baignée nue.


Ajout, extrait de "L'innommable" de Beckett

"... mon pays, que je ne connais pas, pas plus que celui où les hommes vont et viennent, chez eux, sur des pistes qu'ils ont faites eux-mêmes, pour pouvoir se rendre visite avec plus de commodité et d'expédition, éclairés par des luminaires nombreux et variés pissant sur l'obscurité à tour de rôle, de sorte qu'il ne fait jamais noir, jamais désert, ça doit être terrible."
Par Marie-Noëlle Bouillet - Publié dans : croquis du jour - Communauté : Ecriture et culture
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Mercredi 5 août 2009
Plage de Kiriou, le 3 août 2009

J'ai nagé loin. Lentement. Vite. Lentement. J'ai fait la planche. J'ai tâté la douceur, la matière de l'eau. La beauté de la surface. Huile, c'est le mot qui vient. Une mère d'huile. Ce n'est pas de moi. J'ai re-nagé, un peu plus loin. Un peu plus loin encore. Jusqu'à ne  voir que l'eau, devant et sur les côtés. Une étendue infinie sans prise. Toutes les directions sont possibles, à 180°. Au delà de cet angle, c'est le début d'un demi-tour. Je ne veux pas, pas encore. Je me refroidis. La surface de l'eau s'assombrit. Peu importe s'il pleut je suis déjà mouillée, jusqu'au cou et plus. La planche, les oreilles dans l'eau. Les sons de ma respiration amplifiés par l'infini des molécules qui remplissent mon lobe. Les petites claques d'eau sur le visage. Des écoulements et en bruit de fond, les vagues qui continuent de s'échouer sur le sable. L'eau en contact moulant avec ma peau du dessous. La surface du dessus est au ciel. Moi, un volume négligeable à  l'échelle de l'océan et moi,  présente à l'océan, en symbiose avec la matière eau, liée par la même nécessité de vivre. Le gradient de température diminue. La chaleur de mon corps s'est diluée dans l'eau. Je reprends la nage.  L'immensité des possibilités des directions, me freinent. Pourquoi plus à droite qu'à gauche que tout droit. Tout droit c'est m'éloigner efficacement. Oui, allez plus loin, toujours plus loin, ne pas s'arrêter. Tu n'es pas venue pour une trempette. Profite tu n'auras bientôt plus la mer. Mange, avale, ne te pose pas de questions, fonce. Oublie le temps, la distance, aucun obstacle. Brasse brasse. Je vise la traversée, la Manche, l'Atlantique, le perpétuel remous, le perpétuel amour.

Je bifurque. L'idée du retour me fait bifurquer et c'est juste. La distance parcourue dans l'éloignement est à doubler pour le retour. J'entame un virage et nage dépitée de mes limites. Quelques aller-retours en brasse, en crawl, sur le dos. Nage fonctionnelle. Entretenir la forme physique à la quarantaine, faut se tenir, ça déborde vite. C'est bon pour le gras du ventre. La planche encore. Sentiment salé. Ma vieille, faut rentrer, tu grelottes. Je vois flou le sable au large. La famille qui se baignait avec les chiens est sorti de l'eau. Je nage encore pour qu'ils disparaissent complètement. Je veux entendre le lieu et uniquement le lieu à mon retour à terre. Mais j'ai froid. Les longueurs comme à la piscine Pailleron rue Pailleron Paris XIXe m'essoufflent plus qu'elles me réchauffent. Si je continue la brasse coulée, je coule pour de bon. Je suis vexée de ne pas être allée plus loin. Vexée... Mortellement vexée, Ah! Mon orgueil  m'alourdit. L'eau ne me supporte pas de plomb. Il est temps de rentrer. Seule ou pas, tu reviendras une autre fois avec ta solitude.

Je ne panique pas tout de suite mais après une dizaine de brasses. Je suis épuisée, et pourtant, je n'ai pas avancé d'un noeud il me semble. Je nage sur place, c'est sûr. Je m'agite dans l'eau glaciale. A mes pieds sur mes cuisses sur mon ventre nu sur mes côtes arrières des pics de glace. Je suis cerclée de pics il faut rentrer, il faut s'en retourner, tu l'as fait dans un sens, pas de raison d'échouer dans l'autre. En plus, c'est marée montante. Appuie toi sur la marée. Je respire, je m'évertue à ne pas regarder la distance qui me sépare de la terre. J'essaie de nager comme lorsque je m'éloignais, sans but, sans contrainte, sereine, invincible, modestement triomphante. Calme... Au pire le chien te sauverait. Penser le pire me fait paniquer davantage. Je n'aime pas l'odeur de chien mouillé. Gloups, je bois la tasse. L'eau avale ma respiration. Gloups, plus de surface à l'air. Un poids qui s'enfonce, l'eau m'avale, m'absorbe, me pousse le haut du crâne pour me montrer le fond. Non, je ne veux pas. Je t'aime, mais ! Je ne te fais pas de mal, quelques pipis dans le vague. Tu m'en veux de quoi ? D'avoir parlé de la piscine, un  moment d'égarement, tu n'as rien à voir avec le bleu chloré le carrelage les rectangles les cheveux et le poils dans la bouche d'écoulement. Tu  n'as rien des longueurs olympiques, tu es l'Olympe et ton sel est l'ambroisie. Je suis mortelle, je dois retourner au sable des mortels. Je m'excuse d'avoir goûté la nourriture des Dieux. Pitié pour la pauvre condition humaine. L'eau pousse plus fort, je perds la notion du dessus, du dessous, mes forces s'amenuisent. Je crois que je pleure ma mort je ne saurai jamais si mes larmes étaient réelles. J'abandonne. J'ai perdu. Vaincue. Fin de partie. D'ailleurs, ce n'est pas si mal cette lueur, cette chaleur, cette caresse. La main de Poseïdon et ses lustres miroitants au poignet. Douce et cristalline musique.  Oh oui ! Bercée comme une femme enfant dans la main du Dieu de la mer. Va savoir pourquoi j'ai résisté, l'humain a l'esprit lent. Humain, Homme, je quitte ta tribu sans regret pour faire l'amour avec mon sauveur. Je suis portée au creux de sa main. Il me chute comme une feuille au vent. Il me dépose sur ma couche de sirène. Ca m'alarme. On dirait une décharge de pince de crabes qui en pincent pour moi les salaces. C'est un piège que le Dieu me tend ? Ma punition d'avoir parlé piscine après avoir tenté l'éternel ? Il ne connaît pas le pardon ? Tolérance zéro, perfection, expérience interdite, autoritarisme méchant, condamnation de la délicate et imprévisible dentelle humaine. Mon Dieu ! Rien à faire dans votre main, vous ne m'aurez pas avec vos mielleuses caresses, votre bercement anesthésiant roucoulant. De toute manière, mes affaires m'attendent. Mal à vous. J'écrabouille vos crabes, brise leurs carapaces et me retourne à l'air libre. Votre ambroisie m'a donné des nageoires, ma peau est d'huile, je glisse. Je vise au-delà de la distance à parcourir. Je me réchauffe en nageant. Votre eau est moins sombre, la luminosité du sable dessous me parvient. De dépit vous m'offrez une vague qui me porte me transporte me transcendance. J'ai bientôt pied. J'ai pied. Je vous dis au revoir et, à bientôt. Car, hélas et gloria, je reviendrai et continuerai à vous narguer de mes désirs d'atteindre l'horizon. A force, vous ne vous offusquerez point peut-être, m'accepterez comme partenaire. Vous resterez Dieu je resterai humaine. Vous me laisserez m'ébattre dans mes désirs. Vous avez appris que la menace n'est qu'éphémère. Quant à moi, je garderai la Foi en l'impossible, puisque je suis encore en vie et un peu plus encore.
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Mercredi 17 juin 2009

LA REGLE DE TROIS
Trois enfants font une construction de sable.
Ce sera un gâteau pour l'anniversaire.
Trois bâtons pour les bougies. L'un souffle. Une poignée de sable comme part.
Non, ne jette pas le sable, crie l'adulte.

Ils détruisent et recommencent. Un autre gâteau, le même.
De la vanille, du sel.
Ils utilisent leur carte du Centre comme pelle. Ils ne l'enlèvent pas de leur cou. Ils se penchent, tirent la ficelle, raclent le sol. Ils se fournissent très loin. Le temps d'arriver, il ne reste que quelques micro-grammes. Ils repartent plus loin. Evidemment, le sable autour du tas, c'est pas du sable.
Là-bas, la petite racle fort pour attraper un maximum.
Deux fois que je t'ai dit non. La carte n'est pas faite pour ça, dit l'adulte.
Ils continuent avec leurs mains. J'attends le moment où ils reprendront la carte. Dans leur monde, la carte est une pelle, personne n'y peut rien.
Pendant que les deux filles raclent, le garçon veille. Les pigeons sont tentés par les miettes. Evidemment.
Elles ne se fatiguent pas. Du sel, de la vanille, récoltés sur les meilleures terres, les plus lointaines.

Je ne réalise pas tout de suite, mais le tas est seul en scène. Le garçon ne veille pas. Plus aucune arrivée de matières premières. Le tas. Un tas ce qu'il y a de plus tas. Le sable est fin, ça ne tient pas. Les parts tout à l'heure, c'était un peu du vent. Les petites tardent à revenir. Attente. Deux enfants courent près du tas. Ouf ! Non. Ils n'auraient pas dû le faire si près du toboggan.

Toujours personne. Le tas est là. Plus que moi qui le regarde. J'attends leur retour. Je les ... oh non, pas déjà ! Ils sont en file indienne, près du portail vert. Ils mettent leurs manteaux. C'est fini ? Allez... une part de plus, une petite part de plus. Un peu de rab... Bien sûr, il ne reste rien ?

C'est Mao qui revient le premier en courant, suivi de sa copine et de la troisième. Ils écrasent le gâteau. Ils piétinent. Ils nivellent. Ils étalent. Ils font table rase. Ils ne laissent pas une miette. Evidemment. Là, le spectacle est fini. C'est ce qu'il manquait. La fin. 
Mao ! trois fois que je te dis ! Je parle Chinois ou quoi  ? demande l'adulte. Pas de salut.


POEME DE PIERRE
Reculer en arrière
Reculer en avant
Avancer en arrière
Avancer en avant
C'est pareil ! dit Pierre
Sauf que c'est l'autre sens.
Merci, tu m'as bien aidé.


LIMITE
Il ne faut pas aller plus qu'on peut, dit la maman.

Ne monte plus, dit le papa
Après, tu ne pourras plus descendre
Et moi, je ne pourrais plus venir te chercher.

La maman s'assoit sur le banc.
Je m'arrête là,vas, je te regarde.
En fait, je me maquillerai
mais planquée derrière mon miroir
tu n'y verras rien.
Par Marie-Noëlle Bouillet - Publié dans : croquis du jour
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Vendredi 12 juin 2009
Escusez
monsieur madame
s'il vous plaît
escusez de
déranger...

Dans quelle réalité est-il
 l'enfant de 12 ans
qui mendie dans le métro
en émettant des phrases
nonchalamment,
un filet de mots, prolongation de son corps
ne troublant à aucun moment
le ron-ron du wagon
dans la vitre duquel il s'observe innocent s'amusant ?

S'il vous plaît
dans quelle réalité cet enfant
qui se déplace dans la rame
remuant les lèvres entre les sièges donc
sans le son le corps malléable
et maintenant
pivotant énergiquement le bout de son index droit dans le creux de l'oreille droite
puis le bout de l'index gauche dans le creux de l'oreille gauche
puis s'éclairant d'un sourire d'ange
sans transition ni provocation
avec un naturel déroutant
tendant la main au doigt de cérumen
sous le nez, presque, du voyageur
espérant, mais non à peine
quelques menues monnaies jaunes ?

Escusé de déranger
Il n'est pas là pour ce qu'il fait
Il n'est pas là dans ce que je sais de la mendicité dans le métro parisien
Où donc est son esprit
qui semble lui donner la force invincible
de jouer dans toutes les situations de l'existence ?


Par Marie-Noëlle Bouillet - Publié dans : croquis du jour
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